L’Amiga CD32 de Commodore (1993-1994)

L’Amiga CD32 ou la dernière chance de son constructeur (machine appartenant à « Monsieur Anonyme »).


L’histoire de l’Amiga CD32

Commodore et les consoles

Commodore est un fabricant de micro-ordinateurs majeur des années 1980. Citons notamment le Commodore 64, le micro-ordinateur le plus vendu de tous les temps, ainsi que les Amiga. La gamme d’ordinateurs Amiga est en effet impressionnante par ses nombreux modèles sortis depuis 1985, la puissance technique de ces derniers qui surclasse tous les autres concurrents du secteur comme les Atari ST et ses ventes plus que raisonnables.

Logo de Commodore International, entreprise fondée par Jack Tramiel en 1958.

Mais Commodore n’a jamais renoncé totalement au lucratif marché des consoles, étant donné que les Amiga sont aussi un réservoir d’excellents et beaux jeux vidéo. La firme a bien sorti deux machines vendues comme des consoles de salon proprement dites, le Commodore 64 GS et le Commodore CDTV. Toutefois elles se sont avérées infructueuses. La première parce qu’il s’agit d’une pâle copie de l’ordinateur Commodore 64 alors qu’elle est sortie six ans après lui (ce qui est beaucoup trop pour espérer cartonner évidemment). La seconde parce qu’il a souffert du même problème que le CD-i de Philips notamment, c’est-à-dire son identité assez confuse.

La naissance de l’Amiga CD32

C’est au début 1993 que Commodore planifie donc le développement d’une console de salon, une vraie. Son objectif : conquérir le marché des consoles en se servant de son savoir-faire technologique.

Cependant, les finances de Commodore ne sont pas vraiment au plus beau fixe cette année-là, avec de surcroît une action en bourse située à seulement 5 dollars, ce qui est dérisoire. En effet, les ventes d’ordinateurs Amiga sont en baisse constante depuis deux ans à cause de la montée en puissance des PC qui font perdre la clientèle professionnelle et peu à peu les clients lambdas. Aussi, la direction de Commodore décide de concevoir une console performante mais qui ne serait pas trop coûteuse à fabriquer, avec le risque que ça ne soit pas rentable.

Pour ce faire, Commodore opte pour la technologie CD-Rom en raison des fantasmes qu’elle provoque chez les consommateurs et également des coûts de production qui sont satisfaisants. Enfin, la firme compte réutiliser le meilleur de la technologie des ordinateurs Amiga, limitant encore la facture par rapport à la création d’un hardware complètement différent.

Un lancement réussi

C’est en septembre 1993 que l’Amiga CD32 sort sur le marché. Ce nom de baptême est probablement un des plus simplistes qui soient. En effet, il inclut « Amiga », « CD » et « 32 ». Chacun fait référence à quelque chose de précis : la marque du produit phare de Commodore, la technologie CD et le nombre de bits. Tout a donc été fait pour que la console attire l’attention.

En plus de pouvoir lire des jeux propriétaires, la console est par ailleurs capable de lire plusieurs déclinaisons du format CD-ROM comme le CD-Audio, le Kodak-Photo et le CD-G. De plus, elle est munie d’un lecteur de disquettes externe et d’un clavier mécanique en option. Il s’agit donc d’une console multimédia avec de multiples applications.

En cette fin d’année 1993, l’Amiga CD32 se vend plutôt bien et figure même en tête parmi toutes les consoles CD-ROM sorties, dont le CD-i de Philips et le Mega-CD de Sega. Elle profite des fêtes de fin d’année et de la fidélité des possesseurs de machines estampillées Commodore qui se sont empressés d’acheter la dernière nouveauté de leur marque préférée.

Un déclin fulgurant

Malheureusement, l’avenir de l’Amiga CD32 s’assombrit rapidement pour plusieurs raisons.

D’abord, la commercialisation doit être délaissée, à contrecœur, aux États-Unis, à cause des ressources financières trop limitées pour assurer une bonne distribution et une bonne communication. Ainsi, le manque à gagner est immense pour la marque qui doit tout miser sur un seul marché. L’abandon d’autres projets technologiques très prometteurs entamés par Commodore ne permet pas d’engranger de nouveaux profits.

De plus, même si les jeux sont globalement bons et intéressants, le problème de l’Amiga CD32 est qu’il est très dépendant du catalogue des ordinateurs Amiga, étant donné sa proximité en matière de hardware. Du coup, il y a beaucoup d’adaptations de titres parus sur les Amiga et très peu sont exclusifs ou exploitent tout le potentiel technique de la console. La conséquence est un désintérêt du grand public.

À partir de mars 1994, tout bascule définitivement. Les dettes continuent de s’accumuler à cause de l’échec des produits antérieurs et les filiales de Commodore ferment les unes après les autres, dont l’antenne française. C’est le 29 avril 1994 suivant que Commodore fait faillite, mettant fin à la vie très courte de l’Amiga CD32.


Une page de pub

Ci-dessous, une des seules publicités TV françaises pour l’Amiga CD32. Comme pour de nombreuses consoles next-gen avant et après elle, le fabricant mise sur l’expérience incroyable et surhumaine que promet la nouvelle machine. Ici, non seulement le sous-titre est « La console du futur », mais en plus, à la fin la voix off parle de « la première console de jeux CD 32 bits ». Ainsi, la console est vantée comme la première de la cinquième génération, comme une pionnière à la pointe de la technologie.

La publicité ci-dessous constitue la version longue de la précédente, mais en anglais. En fait, le scénario est quasiment identique à une des premières publicités pour la console 3DO : une machine aux capacités incroyables et dont l’utilisation n’est pas à la portée de tout le monde. Aussi, la machine se situe entre les mains de scientifiques chargés de l’expérimenter. Ici, un robot est donc utilisé pour faire l’expérience, alors que dans la pub 3DO c’est un homme qui sert de cobaye, mais même celui-ci finit par exploser. Le message est identique : c’est une console pionnière à la technologie dépassant tout ce que l’on peut imaginer.


Sources

CUBIZOLLE Éric, MARCUS, La bible Amiga, Pix’n Love Éditions, 2012. Disponible ici : https://www.fnac.com/a3819045/Eric-Cubizolle-La-bible-amiga (attention, c’est super cher !).

ESTADIEU Roméo, La guerre des consoles dans la presse vidéoludique française De la fin des années 1980 au début des années 2000, Mémoire de Master Recherche, Université Jean Jaurès, 2023.

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